Eleni Pattakou est installée à la Cité d'artistes depuis novembre 2009, un lieu qu'elle a choisi
pour l'espace grâce auquel elle peut travailler sur de grands formats mais aussi parce que "
des projets d'échange pourraient voir le jour ".
Eleni Patakou travaille la peinture, la gravure et le dessin. Membre de l'association des graveurs grecs,
ainsi que de la Maison des Artistes en France et en Grèce, l'artiste puise dans son pays d'origine,
la Grèce comme on l'aura deviné, l'approche et l'étude des mythes, des mots, des
animaux vivants ou objets de sacrifices. Son travail s'inspire également des visages humains par le
prisme d'un regard cru et frontal et des traits austères d'un héritage iconographique byzantin.
Le travail récent de Pattakou est celui des paysages industriels et des docks : exploration d'un
environnement quotidien, au rythme des lignes verticales des cheminées et des chemins de fer, au fil
de l'eau des ports pétroliers et des usines qui forment le sujet central de l'oeuvre, dépourvus
de toute humanité apparente, qui laissent pourtant ses traces immuables sur chaque bout de tôle.
Le travail de Pattakou est ouvertement figuratif. C'est le parcours d'une vie qui a fait ses premiers pas le
long des murailles que les usines de filature formaient. Qui a continué, à la première
rencontre avec le monde du travail, à l'intérieur des vitres martelées et au milieu de ce
bruit régulier et monotone des fileuses. Formée aux Beaux Arts de Lyon et d'Athènes, elle
est diplômée de la section gravure de l'école supérieure des Beaux Arts de la capitale grecque.
Le dessin animé, qu'elle a pratiqué pendant un certain nombre d'années, a laissé
des traces de mouvement sur les éléments naturels qu'elle traite, sur les images qui se veulent
immobiles. Le sang, l'eau, les ciels, les fumées des usines, les traits des visages s'animent en
permanence pour prouver que " l'art vivant " n'est pas uniquement celui que l'on croit.
"Emanations, explosions / AZF : je suis le gruère ! etc."
Eleni Pattakou, crétoise d'origine, est peintre. Beaucoup d'artistes ne sont plus peintres aujourd'hui. Elle, si. Elle peint des usines, toutes
sortes d'usines et d'après ce que je peux en juger avec le catalogue que j'ai sous les yeux, presque uniquement des usines (à la fin il y a
quand même un portrait de Georges Hassomeris, des têtes d'homme et un autoportraît).
Une peinture figurative ne manquant pas de puissance, puisqu'avec un tel sujet les tableaux ne requièrent pas d'avoir du charme, sauf à aller faire de la peinture sur chevalet dans les hauteurs
de Vénissieux. Ce qui n'empêche pas que parmi les glossateurs il s'en trouve pour considérer "que cette vision "dantesque" rend
ces cathédrales humaines" (fichtre !) ou "que le caractère ludique d'un graffiti au bas d'un tableau participe à la
dédramatisation du paysage industriel". Bon !... Nous ne devons pas avoir les mêmes yeux ! Ni le même nez.
L'odorat, par exemple,
je le trouve sollicité à l'endroit des couleurs, ces rouge, ces jaune, ces rose...
Pour nous qui d'Haubourdin à Saint-André avons respiré du Lever ou du Kulhman plus que de raison,
je me souviens que ces odeurs qui nous prenaient à la gorge étaient associées aux jolies couleurs des fumées que crachaient les usines.
Humaines et tout à fait ludiques, qu'ils disaient. Dans ces visions d'usines selon Eleni Pattakou, aucun ouvrier n'apparait -pas âme qui vive-,
et pourtant elles fument, et pourtant le train roule. Il ne s'agit donc pas de carcasses datant d'un temps révolu mais bien d'usines en activité.
Les ouvriers ? Y en a-t-il même encore à l'intérieur en cette époque où
l'automatisation a suppléé la plus grande partie des tâches ?
Autour de ces usines hermétiquement closes, pas d'environnement urbain non plus. Le sujet en fait abstraction autant que des hommes;
il est traité
en tant que tel pour ce que procurent ses propriétés plastiques, détaché de tout en-deçà
et de tout au-delà. Et cette puissance de rétraction sur l'espèce de silence central qui émane de ces
flancs ou de ces tuyères est bien ce qui rend cet univers si inquiétant, si hostile. L'usine ne noircit plus les fronts, elle n'érode
plus les visages, ainsi que la peinture réaliste se serait jadis attachée à le représenter, elle ne suinte plus. Elle a pris
place parmi les meubles. Elle a la positivité des menaces familières.
Chronique de Guy Ferdinande, parue dans la revue : COMME UN TERRIER DANS L'IGLOO, numéro 92, du 1er septembre 2007. Ed. : REWIDIAGE.
Expo : un autre regard sur la vallée de la chimie
La vallée de la chimie inspire Eleni Pattakou. En 2003 elle produisait des gravures sur le sujet.
Aujourd'hui, elle présente dans le hall d'exposition de l'Insa de grandes huiles colorées
consacrées aux paysages industriels des rives du Rhône au sud de Lyon.
"Gazomètres, pylônes, cheminées et cuves taraudent mon imagination, avoue-t-elle. Je me suis appropriée cet environnement
dans lequel je vis depuis mon arrivée à Lyon. J'y ai découvert la beauté et la présence des hommes invisibles
qui hantent ces lieux dantesques et poétiques".
Un monde aux couleurs changeantes suivant les moments de la journée donnant des toiles aux teintes froides ou incandescentes.
Eleni Pattakou, dont l'atelier est situé à Oullins, est une habituée des lieux d'expositions lyonnais où l'on commence
à apprécier son regard sensible et dramatique. Les huiles que l'on peut voir jusqu'au 30 mars à l'Insa permettent de voir autrement
un paysage généralement considéré comme un lieu de pollution et de mort.
Journal "le progrès", 23 mars 2007
Eleni Pattakou
La vallée de la Chimie
La galerie Gérard Chomarat de Lyon a accueilli en février jusqu'au début mars, une très belle exposition
de la peintre lyonnaise d'origine grecque Eleni Patakou. Un coup de coeur du Manifeste pour cette artiste dont on espère voir
les oeuvres circuler.
Notre amie la peintre Eleni Pattakou, expose en ce moment une série de toiles consacrées aux paysages industriels de la
"Vallée de la Chimie " qui longe le Rhône, depuis Oullins ou Feyzin jusqu'au port de Fos. Son travail mérite qu'on
s'y arrête car il est déjà assez rare et singulier qu'un peintre contemporain s'attache à un thème de ce genre.
Alors que nous sommes paraît-il entrés dans l'ère " post-industrielle " et que " la classe ouvrière a disparu ", elle,
elle peint le paysage qui est le sien. Gazomètres, pylônes, cheminèes, rails, pipe-lines et cuves d'acier peuplent la toile
et nous sommes saisis par leur sombre beauté, leur force tragique.
Derrière le" masque de fer " du paysage, on sent la palpitation de la chair, le travail de la chimie, la transformation perpétuelle,
la peine, le risque et le travail. Le regard porté n'est pas celui de l'enthousiasme futuriste pour la modernité, ni celui de l'optimisme
plat du naturalisme " socialiste ", c'est un regard sensible et dramatique où transparaît l'héritage de la culture grecque. On sent
là un véritable métier de peintre, et une " pâte humaine ", celle d'une femme artiste engagée dans son temps.
"Quelque chose de très explosif sous un cocktail détonant de couleurs plutôt froides que vives, écrit le poète Georges
Hassoméris dans le catalogue de l'exposition, quelque chose dissimulé à l'état d'embryon dans ce paysage faussement décoratif
de la vallée de la pétrochimie, quelque chose d'errant et de larvé tout à la fois, qui donne l'impression de
végéter sous un drôle de "masque de fer " dans le décor tendu de chaque toile, mais qui ne demande en somme qu'à
monter en puissance jusqu'au moment du passage à l'acte libérateur ... Chaque ligne de force ainsi ajustée par l'artiste participe,
de par son ambiguïté même - monstre sacré ou Minotaure, c'est selon ! - à la dramatisation du paysage industriel ambiant :
c'est le cas de cet étrange no man s land contigu au dépôt de la " petite voie de chemin de fer " jouxtant une "acropole", très
sage et, comme le sont d'ailleurs toutes les acropoles - surtout les plus philosophiques !- bourrées comme on le sait de poudre et d'explosifs
à ras bord, invariablement prêtes à faire voler en éclats n'importe quel " mur" d'enceinte ou à vous exploser à
la gueule à la première occasion venue... Il en est des toiles d'Eleni comme de ces étranges matins calmes précédant
la tempête, toujours prête à faire déborder votre verre d'eau dans la seconde qui suit : quel navire démarré
sortira de ce " golfe " ou de ce " port " ... la révolution, bien sûr ! "
Francis Combes,
Journal le manifeste, n° 18, mars-avril 2006.
La poésie du paysage urbain d'Eleni Pattakou
L'espace Spirale propose jusqu'au janvier prochain, un voyage initiatique entre murs de briques et cheminées baignées de fumées
du paysage urbain. Eleni Pattakou, l'artiste d'origine grecque, s'étonne elle même de l'importance prise de cette série de 40 toiles :
" ce n'était pas prévu au départ, commente-t-elle, puis petit à petit l'évidence de continuer dans cette voie
s'est imposée. Quand je dis "travail", c'est bien de travail qu'il s'agit.
Je me suis aperçue que cet environnement était mien et qu'il fallait que je me le réapproprie ".
...La jeune femme a vécu son enfance dans un environnement urbain. Aujourd'hui elle s'est fixée en banlieue lyonnaise et
" c'est mon paysage, mon environnement, il est chargé de sens et irradie de beauté par temps de brumes.
On sens la vie on perçois des bruits, on s'interroge sur les hommes qui travaillent derrière les hauts murs et on admire les cheminées
fumantes dans la nuit "...
... " Les usines définissent et structurent le paysage et je ne peux pas passer de côté en détournant mon regard ".
Elle cite encore. " On ne voit personne dans l'usine, et pourtant jamais elle ne s'arrête ! Des hommes invisibles font tournoyer
les portillons sur leur axe ". Depuis quinze ans en France Eleni Pattakou a suivi l'enseignement de l'Ecole des Beaux Arts de Lyon,
et son oeuvre a été l'objet d'une très belle exposition de la galerie Chomarat, la saison dernière.
...
L'exposition est marquée par la diversité des toiles présentées, dans " la vallée de la chimie "
il y a des cuves noires, du nucléaire gris, mais aussi "la cuve rose", "l'usine en rose", "la cuve bleue" des "cheminées" et une "Acropole"
hérissée de grues aux couleurs inattendues.